Jean-Hugues VIRCHENAUD Réhabilitation de Site – Ecosystèmes Abattage – Elagage – Bassin d'Eau Agriculture durable Expert prés la Cour d’Appel de Toulouse Tel/Fax: 05.63.64.85.18 Email:
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Les Enjeux de la Viticulture Naturelle
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Au-delà des différents labels, agréments et certifications, nous allons appréhender la viticulture naturelle dans sa réalité agronomique. Le but est de comprendre quel peut être l’impact de cette production sur l’environnement et l’expression des vins en fonction des pratiques du vigneron.
En matière de viticulture, être « Bio » ou pas concerne assez peu les engrais dans la mesure où la vigne n’en consomme quasiment pas. En revanche, la plante et sa récolte sont très exposées, du moins on le croît, à bon nombre de maladies. Ce sont surtout les différents systèmes de lutte qui vont présider l’approche.
La conduite de la vigne détermine la structure du pied et l’organisation de la parcelle. Ceci étant, il va falloir combattre de nombreuses attaques pour assurer qualité de la récolte (saine et mûre) et quantité (rendement économique). A cela s'ajoute la pérennité du vignoble.
Parmi les fléaux qui touchent la vigne, on comprend les prédations des animaux, les accidents climatiques (grêle, gel, tempête, …) et les maladies d’origines virales, bactériennes et surtout cryptogamiques (champignons microscopiques). Les deux premiers sont des facteurs aléatoires que l’on ne peut retenir, tant qu’ils gardent un caractère exceptionnel. Si leur fréquence est régulière, on doit conclure que l’endroit n'est pas prédisposé à la viticulture.
Quant à la troisième catégorie, elle représente le souci majeur du viticulteur. Les maladies virales sont théoriquement absentes d’un matériel végétal certifié, les maladies bactériennes sont rares.
Cependant, les maladies cryptogamiques sont omniprésentes sous deux formes : la première se développe durant le cycle végétatif alors que la deuxième est une forme de survie qui passera l’hiver jusqu’au prochain cycle végétatif. On a souvent tendance à combattre la forme visible de la maladie sans s’attaquer à la source : on jugule l’effet sans se préoccuper de la cause !
Nous allons voir différents concepts de lutte allant de la « guerre chimique » à la médiation, en dégageant les inconvénients et les atouts de chacun.
Ensuite, je vous présenterai les autres domaines importants sur lesquels nous nous penchons, la réhabilitation des sites, les expérimentations en agriculture naturelle, l'énergie et l'eau.
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La lutte systématique
Développée dans les années soixante, elle a suivi les progrès techniques et commerciaux de l’industrie phytosanitaire. La multiplication des molécules, l’augmentation de leur puissance et le développement d’un réseau associant commerce et conseil ont contribué à une implantation massive de ce système simpliste. On se base sur la rémanence du produit qui conditionne les applications.
Les inconvénients sont multiples : cette lutte est aveugle, nuisible à l’environnement et à son utilisateur, mais surtout, elle ne garantit pas la préservation du vignoble et de la récolte alors qu’elle est la plus coûteuse.
Question impact sur l’environnement, les matières actives sont extrêmement puissantes et détruisent généralement toute la microflore. On crée une zone aseptisée, sans concurrence, qui deviendra un milieu facile à coloniser pour tous microorganismes adaptés (similitude avec les maladies nosocomiales). Parmi ceux-là figurent les mutants des espèces combattues, devenus résistants à la matière active employée régulièrement.
Les produits sont extrêmement dangereux pour l’utilisateur inexpérimenté, mal informé ou idiot, pardon négligeant. Devant la recrudescence des problèmes liés aux traitements phytosanitaires, les pouvoirs publics réfléchissent à la nécessité d’une formation professionnelle obligatoire pour toute pulvérisation (viticulture et arboriculture).
Outre ce fait aujourd'hui tout juste admis, les sols n'ont pas la capacité à retenir les matières actives qui vont polluer les nappes et les cours d'eau.
La lutte raisonnée
S’inscrivant dans le cadre de l’agriculture raisonnée, elle se pratique à l’échelle de la propriété et se base sur la notion de risque phytosanitaire.
Elle doit satisfaire aux nouvelles exigences de la société en terme de traçabilité et de respect de l’environnement. Elle a pour ambition de maîtriser les effets négatifs de l’agriculture sur l’environnement tout en assurant, grâce à la qualité des produits élaborés dans ce cadre, l’amélioration de la rentabilité économique de l’exploitation.
On a pu modéliser le développement des champignons pathogènes parce que leur cycle épidémique est étroitement lié aux conditions météorologiques. Les organismes spécialisés délivrent localement des avertissements qui déterminent l’intervention chimique. On vise ainsi à supprimer les traitements préventifs pour finalement n’appliquer que les traitements nécessaires.
C’est une méthode plus intelligente, d’un coût moindre et justifié mais qui ne fait appel qu’à l’intervention chimique. Elle ne combat que les effets des maladies, quand elles apparaissent, sans se préoccuper des causes.
Nous verrons que ce système satisfait mieux à la demande des consommateurs, matérialisée par celle de la grande distribution, vers une certification simple, identifiable, au cahier des charges plus facile à mettre en œuvre que l’agriculture biologique.
Les mesures prophylactiques
Un bien grand mot pour simplement du bon sens : ces mesures concernent toutes les interventions qui gênent l'expansion des maladies et la conservation des foyers. Elles ne détruisent pas les fléaux, elles contribuent à empêcher leur implantation et leur propagation. Les formes de survie des pathogènes se conservent sur les bois infestés, dans les amas de feuilles et bois morts et les zones humides (flaques, mares et fossés). La première des mesures est l’élimination de ces zones humides.
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Concernant les bois, le broyage des sarments est à proscrire. Les souches infectées qui dépérissent doivent être arrachées. Il est inutile de « sortir les bois » de la vigne, ceps et sarments, pour les entasser à proximité de la ferme. La dissémination des spores peut se faire 2 kilomètres autour du tas. Il faut donc brûler ces bois ou les conditionner en sac (sarments broyés). Dans le cas des débris végétaux, un simple enfouissement suffit à neutraliser les foyers.
D’autres idées seront développées dans le paragraphe consacré à la viticulture naturelle.
La lutte intégrée
On passe ici à une autre conception de l’agriculture en général, et de la viticulture en particulier. Les luttes systématique et raisonnée sont affiliées, elles prônent le tout chimique pour ne combattre que les effets des maladies. La lutte intégrée s’approche doucement de l’agrobiologie.
Elle s’inscrit dans la production intégrée, définie par l’Organisation Internationale de la Lutte Biologique (O.I.L.B.) : la production intégrée en viticulture consiste en une production durable, économiquement viable de raisins de haute qualité, donnant priorité à des méthodes écologiquement plus saines, minimisant les effets non intentionnels indésirables et l’utilisation des produits phytopharmaceutiques, en vue de préserver l’environnement et la santé humaine.
Elle favorise délibérément les mécanismes de régulation naturelle en maintenant une diversité biologique dans l’écosystème viticole et ses alentours.
Dans la pratique, la lutte intégrée résulte de la synthèse des mesures prophylactiques, de la lutte raisonnée et de la notion de perte de récolte. On va instaurer, ou rétablir, un équilibre entre la vigne, son écosystème et le climat local. On va rendre le milieu hostile aux pathogènes en favorisant la concurrence pour en limiter les attaques. On acceptera une petite perte de récolte si le coût est moindre que celui d’une intervention chimique.
Ce système de lutte est sans doute le meilleur compromis mais nécessite de la part du viticulteur une grande connaissance du milieu, doublée d’une motivation à toute épreuve.
La viticulture naturelle
On emploiera ce terme car on parle ici de concept et non de la certification. On rentre dans un monde où l’utilisation de tout produit de synthèse industrielle est bannie, sauf dérogation. La viticulture naturelle ne se limite pas à la suppression des interventions chimiques, c’est une approche complète quasi opposée à l’agriculture conventionnelle. Claude Bourguignon distingue l’agrologie de l’agronomie :
L’agrologie est comme la science, la connaissance du champ, alors que l’agronomie en est la loi, la police. Dépasser l’agronomie revient à passer d’une approche dirigiste et simplificatrice de l’agriculture à une approche plus scientifique et plus globale. Il ne s’agit plus de forcer la vigne, ou l’animal d’ailleurs, à se plier à notre modèle productiviste, mais de comprendre la complexité de la nature et d’accepter ce qu'elle est à même de donner.
Au delà de cette idée se profile une conception différente, pour ne pas dire alternative dans le contexte actuel, de l'agriculture conventionnelle.
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La question de départ était: comment contraindre l’écosystème à supporter la culture qui produira ce que je veux ?
Elle devient : Comment inciter la culture à s’intégrer dans cet écosystème ?
Une fois acceptée, la culture et l’endroit pourraient-ils ensemble
conduire à un produit particulier, riche et bon ?
Cette dernière phrase introduit l'étape suivante liée à la commercialisation des produits. Lorsque cette agriculture est judicieusement pratiquée, elle amène une qualité différentielle (goût, arômes, éthique, sanitaire) qui ouvre de nouvelles perspectives commerciales. Ce qui est un aboutissement pour la production devient le point de départ de l'approche par le marché.
Pour évoluer vers ce type d'agriculture, on doit effacer la plupart des acquis et repartir sur de nouvelles bases, à commencer par le sol. L’agriculteur attache souvent plus d’importance à la plante qu’au sol qu’il considère comme un support plus ou moins docile, inerte et stable. En réalité, le sol est l’élément essentiel, on le qualifie d’être vivant qui naît, atteint la maturité et meurt. A l’échelle humaine, l’évolution est lente, presque imperceptible. C'est d'ailleurs pour cela qu'on n'a rien vu venir: il a suffit d'une génération d'homme pour mettre en péril la vie de nos sols plus vieux que l'humanité (de 1000 à 4000 ans). L'homme moderne et progressiste a eu besoin de 50 ans pour hypothéquer la capacité nourricière et autonome de la terre.
Depuis les années 60, la mécanisation, le désherbage et les sols non travaillés ont conduit à une dégradation physique. Le plus désastreux est ce qu’on ne voit pas : la vie du sol. A la base, cette biomasse grouillante admirablement organisée en une chaîne est sensée faire le lien entre la matière minérale et la matière organique en assimilant, en construisant des substances assimilables, autorisant ainsi une vie plus élaborée. Du champignon aux microbes en passant par les bactéries, tous sont spécifiques de l’écosystème (géologie, mésoclimat) et sont seuls garants d’une typicité au sens strict. Au lieu d’intégrer cette composante d’un vrai terroir, de la caractériser, de la préserver et de l’entretenir, on a tout fait pour s’en affranchir. Fongicides et pesticides détruisent la microflore autochtone pour permettre l’implantation d’une population uniforme de substitution.
Sans entretien, déstructuré et lessivé, neutralisé par une aseptisation systématique, le sol est peu à peu réduit au rôle de support quasi inerte. Si l’on rajoute à cela des exigences de production qu’un sol affaibli ne peut satisfaire, il faut bien apporter des compléments nutritifs de synthèse. Aujourd’hui, on se préoccupe essentiellement de nourrir sa culture, et peu de régénérer son sol. Hélas, elle s’apprivoise vite et, comme un chien docile qui attend sa gamelle, la plante déploie tous ses efforts dans un système racinaire horizontal, perdant sa faculté originelle à se développer verticalement en profondeur. Les naturalistes soulignent l’incohérence du système productiviste dans lequel on communique sur les mérites du terroir, de la typicité alors que dans la pratique, on est proche de la culture hors sol, dont on sait qu’elle donne des légumes inodores et insipides. Dans les différents courants de cette approche, le sol retrouve toute sa place comme l’élément prépondérant. Il reste à le cultiver et là, les approches sont différentes selon qu’on s’oriente vers l’agriculture biologique ou bio dynamique.
L’agriculture biologique
La France est le premier pays au monde à avoir créé une législation sur l’agriculture biologique. C’est en 1980 que naît la première définition légale : « c’est l’agriculture n’utilisant pas de produits chimiques de synthèse » (loi d’orientation agricole n° 80-502 du 4 juillet 1980). Cette loi est complétée en 1981 par le décret n° 81-227 du 10 mars relatif à l’homologation des cahiers des charges définissant les conditions de production de l’agriculture biologique (ROUSSEAU, 1991).
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Née il y a 50 ans en Allemagne, elle a subi des influences diverses avant de devenir ce qu’elle est aujourd’hui. Depuis HOWARD et PFEIFFER, deux précurseurs, elle est basée sur l’équilibre entre les éléments composant la nature, ainsi que sur l’entretien de la fertilité du sol par l’apport de compost, l'utilisation des engrais verts et le compagnonnage.
C’est à partir de ces principes que naît en 1980 la première règle légale définissant l’agriculture biologique. Par la suite, le développement de cette agriculture a entraîné l’apparition d’organismes certificateurs et la mise en place de cahiers des charges. Maintenant, ces organismes font appliquer une réglementation très précise dont le principe essentiel est la non-utilisation de produits chimiques. La viticulture biologique, comme les autres productions, est donc soumise à cette réglementation, avec quelques nuances concernant l’étiquetage notamment.
La pratique de la viticulture biologique nécessite des techniques culturales précises et complexes. Le poste le plus important est l’entretien du sol, car celui-ci influe sur l’ensemble de la culture de la vigne. Pour cela, l’enherbement est une pratique courante, car elle permet une amélioration de la structure du sol, son enrichissement, et favorise la faune auxiliaire. Pour compléter les effets de l’enherbement, la fertilisation organique (principalement apportée par compost) remplace la fertilisation chimique. Après l’entretien du sol, la principale préoccupation du viticulteur « bio » est la protection de la vigne.
A ce niveau, il est confronté à deux impasses : l’utilisation excessive de cuivre contre le mildiou, et la lutte contre la flavescence dorée. Les autres maladies et ravageurs ont généralement peu de conséquences sur la vigne « bio » grâce à l’équilibre général de la culture et à certaines méthodes de lutte performantes (lutte biologique et confusion sexuelle).
Il ne faut pas imaginer que la viticulture biologique est simple à mettre en œuvre, qu’on laisse faire la nature, bien au contraire. C’est bien parce qu’on s’interdit toute intervention chimique et radicale qu’il faut faire preuve d’un haut niveau de technicité.
La complexité de la viticulture biologique entraîne obligatoirement une modification de l’ensemble de l’exploitation (notamment par l’augmentation de la main d’œuvre nécessaire), mais également de son résultat. En effet, pendant la période de conversion de trois ans, l’augmentation des charges sans contrepartie entraîne une diminution nette du résultat. Par contre, une fois la production vendue sous l’appellation « issue de raisins de l’agriculture biologique », les charges sont largement compensées, d’autant plus que le marché des vins « bio » est en constante augmentation.
Cependant, j'ai longuement hésité à classer cette agriculture dans l'agriculture naturelle. Elle en fait partie sur le plan pratique mais moins sur le plan éthique. En effet, par l'approche du travail du sol et l'emploi de produits non chimique, elle est naturelle. Sur le plan de la méthode, elle reste coercitive et répond à la même démarche que l'agriculture conventionnelle, chimie en moins. Bien qu'allant dans le bons sens, elle va rarement assez loin dans le diagnostic des causes et persiste souvent à combattre les effets. D'ailleurs, les viticulteurs "bio" se scindent aujourd'hui en deux catégories: les "bio" opportunistes et les "bio" éthiques. Les premiers sont des agriculteurs conventionnels reconvertis pour satisfaire les nouveaux marchés qui découlent de la mouvance verte. Les seconds sont convertis à la nécessité d'une autre agriculture, dite durable. Un conventionnel qui passe au bio adapte ses méthodes au cahier des charges exigé pour l'obtention du label. En clair, il ne change pas grand-chose sauf les produits et conserve un objectif de résultat. Un agriculteur naturaliste va reconsidérer intégralement son parcours agricole dans l'optique essentielle de pérenniser et de transmettre l'existant. Il évolue rapidement vers l'agriculture biodynamique.
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L’agriculture biodynamique
Avant de rentrer dans le vif du sujet, il faut bien comprendre dans quel monde on pénètre. En comparaison de la médecine, tous les modes précédents s'apparentent à l'allopathie (médecine conventionnelle) alors que la biodynamie se rapproche de l'homéopathie. Dans le premier cas, on soigne un état pathologique, comme si être malade est un postulat: la vie est maladie! Dans le second, on fait en sorte de ne pas être malade en étant bien portant, ce qui, dans notre contexte, n'est pas un pléonasme.
Pour comprendre ce mode de culture, il est nécessaire de revenir aux fondements de cette discipline qui n’est pas un phénomène nouveau. Comme l’expliquent la plupart des auteurs ayant étudié le sujet, c’est en 1924, à Koberwitz (aujourd’hui en Pologne), que Rüdolf Steiner (1861-1925) donna les bases de la méthode biodynamique, à travers une série de conférences, souvent décrites comme « Cours aux agriculteurs ». R. Steiner, inspiré des nombreux écrits de Goethe, est le fondateur d’un courant de pensée appelé l’anthroposophie (littéralement la sagesse de l’homme), qu’il définit comme une méthode scientifique exacte permettant de faire des recherches sur les mondes suprasensibles. SILGUY (1991) explique que le but de Steiner était de créer une science spirituelle, applicable à tous les domaines de la vie. Dans le cas de l'agriculture, cette démarche spirituelle peut surprendre, mais elle permet une compréhension plus approfondie du monde qui nous entoure.
Durant ses conférences de 1924, Steiner expliqua que l’univers comprenait d’une part une réalité matérielle, c’est-à-dire ce que perçoivent généralement nos sens corporels, et d’autre part des phénomènes psychiques, qu’ils ne captent pas.
Pour lui, une science qui ne considère que les lois de la matière limite beaucoup ses capacités de compréhension du monde en général, alors qu’une science «spirituelle » permet de mieux appréhender le monde terrestre en interaction avec l’univers.
Son approche anthroposophique de l’agriculture se traduit par une inquiétude en ce qui concerne l’utilisation excessive d’intrants chimiques au sein d’un sol considéré comme un organisme vivant et les nombreux déséquilibres qui s’en suivent. Steiner donna également toute une série de conseils pratiques, applicables sur le terrain pour régénérer un sol épuisé par les pratiques intensives et pour développer les liens entre vie pédologique, vie végétale et énergies cosmiques. C’est E. Pfeiffer, à partir des thèses de Steiner, qui élabora la méthode ensuite appelée «bio-dynamique » (en grec : vie et énergie) et qui la mit en place pour la première fois sur des domaines agricoles européens et américains. A ce jour, elle est surtout pratiquée dans les pays germanophones (Allemagne, Pays-Bas, Suède, Suisse, Belgique), aux Etats-Unis et elle regroupe plus de 600 000 ha en Australie !
En France, cette approche a longtemps été considérée comme farfelue, peut-être à cause de quelques partisans sectaires qui justifient ainsi un mode de vie marginal. Aujourd’hui, de plus en plus de viticulteurs se penchent objectivement sur la question. Certains parmi les plus célèbres, ou les plus importants, convertissent progressivement leur propriété en tout ou partie. D’autres abandonnent simplement les usages productivistes et s’orientent vers des pratiques plus naturelles en s’inspirant de quelques principes de la bio-dynamie. Qu’ils revendiquent ou non leur démarche, ils sont tous motivés par une conscience patrimoniale de leur terroir. Les vignerons n’utilisent pas de produits de synthèse (tels les engrais, les insecticides, les pesticides, les désherbants), ils répondent en ce sens aux critères de l’agriculture biologique mais la démarche est bien plus profonde, animée par des principes.
- La notion d’individualité agricole : le domaine (agricole) doit être indépendant sur
le plan énergétique au sens chaîne alimentaire. Il y a une complémentarité nécessaire entre le troupeau qui fournit du fumier et du lisier à destination des cultures qui, elles, fournissent les fourrages et la nourriture nécessaires aux bêtes, les prairies assurent la rotation. En viticulture, on est souvent en monoculture alors à défaut d’animaux, de surfaces cultivées et enherbées, on se procure les lisiers.
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- La conception de la maladie: mieux vaut prévenir que guérir. Le problème des ravageurs et des maladies présente un très grand intérêt du point de vue bio-dynamique. STEINER (1924) pensait que « la dégénérescence est une conséquence de la destruction de l’équilibre biologique et amène l’irruption des « ravageurs » et des maladies : c’est la nature elle-même qui liquide ce qui n’a plus assez de force pour vivre. Pour lui, « la maladie est souvent un bien qui n’est plus à sa place, un organisme sorti de la sphère où sa présence est salutaire » et c’est dans le sol qu’il faut essayer de comprendre ce déséquilibre. Un champignon au niveau du sol peut être tout à fait inoffensif, mais totalement nuisible s’il remontre vers les parties foliaires de la plante. Ainsi, en 1993, des chercheurs de l’Institut d’œnologie de Bordeaux ont mis en évidence la présence, dans les sols des vignobles, d’une bactérie active contre le Botrytis, à partir de laquelle ils ont pu élaborer un fongicide biologique hautement efficace. Pour les bio-dynamistes, « l’anti-Botrytis » est déjà dans la vigne, à condition de ne pas le détruire. De leur point de vue, aussi bien le Botrytis que le mildiou et l’oïdium, sont des champignons que l’on a forcé à quitter le sol où ils étaient inoffensifs, et qui ont migré vers les parties aériennes de la vigne, feuilles et grappes, devenant des parasites. De même, les spécialistes ne sont pas en mesure aujourd’hui d’expliquer les phénomènes qui provoquent l’eutypiose, cette maladie si menaçante (PEYROULOU, 1993). Contrairement à la viticulture biologique, on ne cherche pas à combattre la maladie, on cherche à l’éviter. Plutôt que de subir l’effet, on s’attaque à la cause en rétablissant les équilibres du biotope et en rendant la plante forte et hostile : un problème doit être appréhendé dans sa globalité.
- Le sol : un organisme à part entière. Le dessein principal de la bio-dynamie est de recréer un équilibre durable entre le sol nourricier et la culture en place. La méthode permet de vivifier le sol afin que la plante retrouve ses ressources naturelles dans un sol bien pourvu, non pas dans un sol pauvre auquel on apporterait chaque année des engrais de secours afin d’assurer la récolte de l’année. On favorise un système autonome en acceptant la récolte qu’il a la capacité intrinsèque à produire.
- Les énergies et les rythmes naturels : pour les bio-dynamistes, l’exploitation agricole et par-là même les cultures, matérialisent un lien entre les ressources terrestres (l’eau, le sol, les éléments minéraux et la roche mère) et entre les énergies cosmiques (la chaleur, la lumière, l’air et l’eau encore). Une des différences entre l’agriculture biologique et l’agriculture bio-dynamique, réside dans les énergies et la mise en valeur de ces énergies, d’une part par l’application de préparations dynamisées, à base de plantes et de minéraux, et d’autre part parce que les bio-dynamistes travaillent en fonction des positions planétaires, qui imposent un rythme aux hommes autant qu’aux plantes. On distingue 4 périodes: l'une favorable aux racines, la seconde à l’expression végétative, la troisième aux fleurs et la quatrième aux fruits. Les préparations spécifiques seront mises en œuvre en fonction du calendrier bio-dynamique.
- Clonage et bio-dynamie
En ce qui concerne le clonage, l’avis des viticulteurs bio-dynamistes est relativement unanime. PEYROULOU (1993) écrit que : si les vieilles vignes produisent toujours de meilleurs vins, les raisons tiennent non seulement à leur vieillesse et à leur faible rendement, mais aussi à la diversité de leurs cépages. Qu’est-ce qu’un clone sinon la monoculture poussée à son paroxysme ? Cette conception, purement technocratique, qui conduit à la reproduction d’un seul sujet, le meilleur soi-disant, à des dizaines de millions d’exemplaires, ne relève-t-il pas d’un idéal contestable, surtout qu’à l’origine, la définition du « meilleur » était liée à des critères botaniques et purement quantitatifs. Pour les bio-dynamistes, c’est le résultat d’une sélection végétale trop intensive, qui fragilise la plante et qui serait une des causes de la recrudescence des maladies dans les vignobles.
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Conclusions
Nous avons fait l’inventaire des différents modes de conduite de la vigne en essayant de dégager les principes de chacun d’eux, qui, par extension, s’appliquent aussi à l’agriculture. En résumé:
Lutte systématique Rémanence du produit chimique
Lutte raisonnée Notion de risque Label
Lutte intégrée Notion de pertes
Agriculture biologique produits naturels mais agriculture coercitive
Agriculture bio-dynamique l’activité humaine en symbiose
Au-delà de cette approche technique, on peut faire une remarque d'ordre plus générale. Le rapport du consommateur à ce qu'il mange n'a jamais transpiré autant d'anxiété et donc de réglementations. On a des lois sur tout, la composition, les ingrédients, les gens qui le font, l'origine, quand peu de consommateurs sont réellement capables d'apprécier les conséquences hygiéniques et économiques de leur mode de nutrition. On a vu émerger un véritable engouement pour les produits issus de l'agriculture biologique et la nature nous en remercie par les conséquences induites sur la production. Il est une deuxième idée qui se restaure doucement avec la notion de terroir, l'intérêt retrouvé pour savoir d'où ça vient, si c'est issu d'une tradition. Finalement les valeurs d'antériorité, de racines et de patrimoine, sont beaucoup plus ancrées qu'on ne l'imagine, comme si pouvoir se référer à des choses immuables était rassurant dans une époque globalisée. Les vins français sont d'ailleurs les premiers à en profiter dans le monde agroalimentaire délocalisé. Or si l'on reprend les modes de culture exposés plus haut, que penser d'un mode de production qui aseptise son sol. Toute action qui détruit la microflore et la microfaune coupe la chaîne qui transforme le minéral inerte en organique vivant. On s'affranchit des conditions de milieu pouvant transmettre cette fameuse typicité tant recherchée. A supposer que le raisin ait gardé quelques particularités, les vinifications conventionnelles préconisent l'usage de levures rajoutées (une souche multipliée) pour la conduite (on appréciera le mot) de la fermentation alcoolique et la maîtrise (on appréciera aussi) des arômes. Cette technique est comparable à la production fromagère industrielle dans laquelle on pasteurise le lait pour détruire les ferments autochtones, puis on ensemence avec le ferment voulu. Au final, c'est un tour de force: on propose un vin soit disant empreint de typicité, reflétant son terroir et son histoire alors qu'il est issu d'un process visant à s'affranchir d'expressions naturelles. Notre Saint Emilion ou notre Pommard préféré, issu de la viticulture conventionnelle n'est en fait qu'un Tartare quand on croît déguster un Roquefort artisanal (il n'en reste qu'un affiné chez Betty).
Seule la viticulture en biodynamie peut revendiquer la notion de terroir s.s. en préservant la chaîne complète de la parcelle au verre. Au niveau du sol, la pratique utilise les micro-organismes naturels et spécifiques qui font le lien entre l'endroit et le fruit. Ensuite au chai, les fermentations se font aussi avec les micro-organismes autochtones et variés, qui transmettent les particularités du fruit au produit fini. Quand le lieu est prédisposé à un fort potentiel qualitatif, le vin se distingue nettement à l'analyse sensorielle, largement au dessus des attentes des oenophiles les plus exigeants.
Aujourd'hui, ces vins sont reconnus, la filière existe, elle se structure et se développe. L'avenir est encourageant mais on ne doit pas perdre de vue que ce type d'agriculture est limité en terme d'échelle, adapté à de petites structures, sur des terroirs dignes d'intérêt.
A mon sens, ce mode de vie est parfaitement transposable dans les régions dites défavorisées sur la base des critères de l'agriculture conventionnelle, si la priorité est sociale et culturelle. Il favorise le maintient autonome des populations rurales mais ne s'intègre pas dans la création de richesses.
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Après avoir présenté les différentes approches théoriques que l'on peut rencontrer en agriculture, passons à des considérations beaucoup plus pratiques.
Pour intervenir depuis 15 ans dans la filière, j'ai doucement évolué vers les modes de production naturels et vous trouverez ça opportuniste, tout au moins grégaire.
Faisant partie de la génération du tout chimique, de l'efficace, du 100% et plus, du monde parfait, j'ai pourtant perçu assez précocement les butoirs que nous allions atteindre.
Curieusement, comme si la nature avait voulu marqué le coup, le passage à l'an 2000 était marquer par une crise alimentaire sans précédent: la vache folle. Première grande alerte et première grande découverte: c'est mieux qu'une vache mange de l'herbe! On était entré dans le siècle des lumières!
Je crois que ça a été le déclic. Bien que vivant dans mon temps, je suis toujours resté passionné des choses anciennes, collectionneur dans l'âme, antiquaire des vieilles recettes de cuisine, amateur des repas sans fin, de la cuisinière à bois, des techniques de pêche et de chasse oubliées, des coins à cèpes perdus, d'un setter heureux, de cette nature qui donne quand elle reçoit. De fil en aiguille, j'ai recherché des pratiques agricoles anciennes, étudié des machines de génie, écouté les anciens, compris leur témoignage, pour aboutir à un constat simple: avant guerre, l'agriculture était nourricière et pérenne, sans parler des aspects sociaux, pécuniaires et environnementaux.
Alors qu'est-ce qu'on a changé, qu'est-ce qui fait qu'aujourd'hui, un agriculteur conventionnel n'est plus capable de produire sans intrants, sans chimie et sans assistance?
On peut retourner le problème en se posant les questions de base:
Pourrait-on aujourd'hui produire:
- sans intrant, sans coût amont pour l'entreprise et sans coût aval pour la société,
- en préservant la capacité de régénération des sols et de régulation de l'écosystème, - en autonomie énergétique à l'échelle de la ferme,
- en préservant la viabilité économique de l'entreprise.
Pour répondre à cette ambitieux programme, je me suis intéressé aux modes de cultures alternatifs, non sans les railleries de mon entourage. Qu'ils soient œnologues, experts, agriculteurs, oenophiles, profs ou sommeliers, même mes amis m'écoutaient avec politesse mais affichaient un scepticisme tout juste contenu. Alors, j'ai mis un pied dans un monde où on s'interroge sur notre rapport à la terre, comment bénéficier de ses ressources sans les épuiser, comment vivre pleinement sans pour autant dégrader irrémédiablement, comment bien se nourrir, comment limiter l'impact d'un mode de vie contemporain?
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Comment adopter la durable attitude.
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On revient sur terre, à ras de terre même. Je suis intimement persuadé qu'un écosystème restauré, en bonne santé, retrouve sa quasi autonomie. Il régule lui-même la biodiversité, empêche l'envahissement des espèces étouffantes comme les ronces. Aujourd'hui, les collectivités ont intégré dans leurs priorités les questions environnementales, ne serait-ce que pour des raisons électorales. Tout le monde parle d'actions durables, d'espace naturel, de coulée verte mais qu'en est-il de la méthode et des impacts sur le milieu naturel?
La plupart font appel à des paysagistes plutôt qu'à des naturalistes. Le coût collectif des remises en état est très important, la réalisation pas toujours durable, encore moins écologique. En revanche, ça se voit et pour s'en convaincre, il n' y a qu'à feuilleter les bulletins de certaines collectivités locales dans lesquels on n'a jamais autant vanté les mérites des actions entreprises pour Dame nature. Un vent d'écologie et d'environnement a illuminé nos sociétés. A savoir si ce vent ne précède pas une averse fiscale car une zone verte ne se fait pas toute seule et ne reste pas verte longtemps. Plus sérieusement, les coûts de conception, de réalisation et surtout d'entretien nécessitent un gros effort financier en général alloué en priorité aux besoins sociaux.
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Aussi, j'ai réfléchi à un protocole de restauration de site qui s'inspire grandement des concept de la biodynamie: pas d'intrant chimique (pas de débroussaillage au round up ou au gasoil), procédés mécaniques et manuels (en plus ça créé des emplois), pas de brûlis,
replantation d'espèces locales, rustiques et autonome,
entretien minimum pour des coûts minima.
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Exemple concret de réhabilitation de site
2005
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On a commencé par le nettoyage, comme vous le voyez, y'en avait besoin!
Ensuite, on a enherbé avec des espèces naturelles et rustiques pour rapidement consolider les terres nues. Elles sont sensibles à l'érosion et aux crues. On a transplanté des espèces d'arbres locales en les prélevant dans des zones où elles étaient trop abondantes (éclaircissage) pour repeupler ce site. Il est important d'intégrer les réponses du lieu au changement climatique en éliminant les espèces qui meurent et en privilégiant celles qui s'adaptent.
Pour permettre l'implantation sain de l'enherbement, on tond avec mulching et voilà le résultat: à visiter sur rendez-vous.
L'écosystème se refaisant une santé petit à petit, j'ai ensuite établi un protocole d'expérimentations visant à tester les modes culturaux de l'agriculture naturelle, biologique et biodynamique. Le mot protocole est un bien grand mot (mais ça fait sérieux), car ici, point de blocs statistiques, point d'analyses multifactorielles, point de statistiques magnifiques et de power point. Que des paramètres non mesurables, du beau qui sent bon, du bon à manger, du sain et du serein, que du bonheur.
En réalité, j'ai observé qu'une forêt dégage une sensation apaisante d'équilibre, d'énergie, de force de vie en symbiose. Si l'homme n'est pas intervenu, on ne voit jamais d'espèce hégémonique, pas de maladie, encore moins d'épidémie. Quand un arbre s'éteint, il engendre la naissance de tas d'autres végétaux et induit la présence des animaux.
La forêt est pleine d'enseignements. Et si finalement, notre conception de l'agriculture dans son approche de la production allait complètement à l'encontre de ce que sait faire la nature, surtout de ce qu'elle veut faire. Et si la nature, dans sa mission de préserver la vie, mettait tout en œuvre pour réguler nos excès.
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Quelques constats biologiques:
La répartition spatiale des espèces: chaque espèce utilise ce dont elle a besoin en surface et en ressources (on reviendra sur cette notion très importante par la suite). Pour illustrer ce point, pensons aux stratégies de guerre. Les individus les plus dispersés sont ceux qui statistiquement ont le plus de chance de persister. Quand une espèce devient agrégataire, on s'imagine que l'union fait la force mais le regroupement crée la faiblesse. Un obus sur le groupe et l'espèce disparaît. Dès qu'une espèce a ce comportement, elle engendre la surexploitation des ressources et la nature tire l'obus le plus approprié. Le lapin est touché par la myxomatose (pas son cousin solitaire le lièvre), les monocultures sont catastrophiquement attaquées sur deux fronts. La vigne ou les fruitiers par exemple, le nombre d'individu est limité par l'attaque des plants (maladie de dépérissement, esca, eutypiose, chancre, …) mais la capacité de l'espèce à se reproduire est neutralisée par l'attaque des fruits (Mildiou, Botrytis,…).
La force de vie: on n'a pas besoin d'être un grand biologiste pour comprendre que les capacités de la nature son insoupçonnées en matière de préservation de la vie. En revanche, on conçoit moins que la force de la vie ne dépend que de la force de la mort. Pour s'en convaincre, il suffit d'observer comment se comportent les microbes et les champignons que nous disons pathogènes (les maladies). Chaque fois que l'homme invente une nouvelle substance miracle sensée éradiquer le vilain fléau, l'espèce visée marque une pause puis réapparaît sous une autre variante: un mutant encore plus méchant. Alors le savant opiniâtre reprend son travail et trouve une nouvelle molécule encore plus méchante. Alors la nature… et la saga continue.
L'histoire des espèces disparues éclaire le comportement des espèces vivantes. Lorsque l'environnement est stable, l'espèce voit sa capacité de mutation diminuer (elle n'en n'a plus besoin, elle est dite sténoèce). Sa durée de gestation augmente, la fécondité et le nombre de petits par portée diminuent. Lorsque le milieu est agressif, la capacité de mutation augmente, la durée de reproduction devient rapide et le nombre de petits croît. L'espèce est dite euryèce. Deux exemples opposés: le lamantin et le virus.
Autrement dit, plus on essaye de détruire une espèce, plus on renforce sa capacité à survivre et son agressivité. Peut on imaginer un instant que la nature n'ait pas prévu de stratégie pour sauvegarder la vie, qu'elle permette l'extinction sans lutter? La réponse est évidemment non bien que l'homme s'y acharne et réussisse à exterminer les espèces sténoèces qui ne s'y attendaient pas. La question des OGM se pose sous un autre jour. Les défenseurs présentent les OGM comme le remède à tous les maux. Insensibilité aux maladies donc plus de pesticides: un monde parfait en somme. Le véritable enjeu, que des collègues chercheurs partagent en coulisse, est que, plus un code génétique est pur et invariable, plus il devient facilement contournable par les espèces à fort pouvoir de mutation (dont les virus). Dans la nature, il n'y a que la poule qui ne contourne pas le grillage.
Revenons à nos expérimentations avec cette hypothèse: une bestiole, si on ne l'agresse pas, elle reste gentille? C'est un des axes majeurs de la biodynamie. La notion de maladie n'existe pas, c'est une espèce qu'on a poussé à quitter "sa sphère", c'est-à-dire son biotope. Sur le plan de l'expérimentation agricole, j'essaye d'offrir aux espèces susceptibles d'attaquer mes récoltes, un biotope attractif exempt de toute agression. Pour les champignons microscopiques, un sol vivant, aéré, sans fongicide fait l'affaire. Les insectes seront attirés par d'autres plantes qu'ils préfèrent à mes cultures (compagnonnage).
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La monoculture ou le menu unique: comment inventer la maladie.
Pour mieux comprendre cette idée que la maladie est induite, pensons nutrition. Vous enfermez un chien dans un hangar totalement vide et au centre du hangar, vous mettez une orange. Au bout d'un certain temps comme dirait Fernand Reynaud, le chien mange l'orange pour survivre. Il est pourtant toujours carnivore mais dans le besoin!
En monoculture conventionnelle comme la vigne avec désherbage chimique total et guerre nucléaire, les champignons n'ont d'autres solutions que de quitter le navire (le sol) et de s'accrocher à ce qui reste. Ils vont donc s'établir sur le cep et exercer leur cycle de vie sur le végétal, impliquant les dégâts qu'on connaît.
Alors donnons une belle gamelle de viande au chien et il laissera l'orange tranquille.
L'invention du pourcentage
Ah quelle belle invention que le pourcentage, des problèmes du certificat d'étude aux statistiques de l'INSEE, le pourcentage est magnifique, ô combien rassurant. L'agriculture n'est pas en reste, le pourcentage sert à apprécier l'augmentation de rendement et l'accroissement des chiffres d'affaires de tous les acteurs de la filière, sauf le second et le premier. Le second est l'agriculteur pour qui le pourcentage s'applique en négatif lorsqu'on évalue le revenu de sa production. Le premier est la nature, seule exception pour laquelle le pourcentage ne s'applique pas. Peut on chiffrer ce qu'elle perd dans sa capacité à se régénérer (genèse d'un sol, biodégradation, biodiversité) et dans sa capacité de compensation (réchauffement climatique, cycle de l'eau, cycle des roches). La nature a prévu pour chaque espèce une certaine production ou rendement en rapport aux ressources disponibles. Cette production est la base de la nutrition de l'espèce suivante dans la chaîne alimentaire et ainsi de suite. Chaque individu retourne au sol pour régénérer les réserves en fin de vie et la boucle est bouclée. Dans un premier temps, l'homme s'est fixé comme objectif le 0 perte. Il a déjà induit un déséquilibre obligeant à utiliser des ressources normalement destinée à l'autosuffisance de l'écosystème. Il a ensuite inventé la culture intensive, en monoculture, cela va de soi. La nature a répondu avec l'apparition de la maladie contre laquelle l'homme s'est mis à lutter par les traitements. La course sans fin était engagée.
Les objectifs nutritionnels de l'agriculture conventionnelle ont été justifiés après guerre mais l'autonomie nationale pourrait être aujourd'hui assurée.
La nature et les maths:
La nature devait être meilleure en philo qu'en math. Elle n'a intégré que des relations linéaires. C'est l'homme qui a introduit des relations logarithmiques et exponentielles, traduisibles en brèves de comptoir par "quand y'en a plus, y'en a encore".
Ce point devrait pourtant constituer la base de réflexion de tous les modes de production. Alors que nous cherchons toujours plus de rendement, personne ne se préoccupe de savoir où on prend la différence. Quand un pied de tomate, dans un certain sol, sous un certain climat, peut produire 2 kg de fruits après 10% de perte, comment fait-il pour donner 4 kg sans perte? C'est là que les maths entrent en jeu: accrochez vous. Il faut apporter des engrais et des pesticides qu'on a produits ailleurs (Carbone), puis qu'on a transporté (Carbone), puis épandus (Carbone). Il faut aussi de l'eau qu'on pompe (Carbone).
Alors au bout du compte, avec ce qu'ont coûté les 2 kg de plus en € mais surtout à la nature, n'aurait-on pas mieux fait de cultiver un deuxième pied normalement?
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2006 et 2007: les expérimentations
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J'ai testé les effets de la dispersion qui sont tout simplement inattendus:
Des tomates en pleine santé en 2007, aucune attaque de mildiou, il avait tellement mieux à faire. Les aubergines sont pas mal aussi.
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2008, on passe aux choses sérieuses
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Peut-on obtenir des récoltes satisfaisantes en cumulant dispersion et compagnonnage?
Sur 4000 m², 200 espèces de légumes, de plantes aromatiques et médicinales, de fleurs et d'arbres, dispersés en totale autonomie, sans aucun traitement: à visiter à partir de juillet sur rendez vous. Je vais surveiller de très prêt le comportement des insectes et champignons qui sont considérés par les chimistes comme des prédateurs.
Sur 2009 et 2010, nous testerons les effets des préparations biodynamiques et les rendements économiques de ces modes culturaux, notamment pour évaluer si ils sont transposables et à quelle échelle.
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L'environnement durable
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Dans la foulée, on s'est attaqué à deux questions: le problème de l'énergie et des piscines. Pour ce qui est de l'énergie, on testera les années à venir des formes d'autonomie en eau et en électricité à l'échelle du particulier. Pour ce qui est du chauffage, la formule bois prise dans son intégralité me semble la plus judicieuse.
En gestion forestière, on pratique l'élagage, la taille douce et le démontage des arbres, l'abattage et l'exploitation d'entretien.
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Pensez au bilan carbone, c'est la seule source d'énergie qui piège du CO2 avant qu'on l'utilise. Se chauffer au bois apporte une qualité de vie incomparable. On fait de l'exercice, l'ambiance de la cheminée change la maison, c'est économique, renouvelable, d'un coût réduit et indépendant des conjonctures. Si en plus vous cuisinez au bois, c'est le bonheur retrouvé.
Réservez votre commande de bois à l'avance (prix selon essence, coupe et cubage).
Pour ce qui est des piscines, le constat pour l'environnement est bien souvent déplorable. La plupart sont alimentées en eau potable, leur entretien est coûteux, gros consommateur de chimie. Il existe une alternative: les bassins d'eau
Classés comme des bassins (à poisson), ils offrent aussi des baignades extraordinaires associant les sensations de la piscine et du milieu naturel, et tout écolo.
On aménage 2 bassins, le premier est le filtre, le second est en même temps le jardin zen, la baignade fortifiante et la mare pour apprendre le petit à pécher (en no kill bien sûr). Il n'y aucun traitement de l'eau, pas de coût d'entretien, l'agrément du jardin d'eau pour un bain en milieu quasi naturel.
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En résumé
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Pour bien vivre le jardin et que le jardin vive bien
Pensez toujours à éviter la cause pour ne pas avoir les effets.
- Un sol sain: pas d'intrants, aucun fongicides, pesticides, surtout pas de glyphosate (vous savez, le produit où le petit chien enterre son os). Pensez à l'amélioration par l'amendement sans aller contre nature, la fumure pour maintenir l'autonomie.
Ne pas confondre engrais et fumure. La fumure c'est apprendre à aller faire les courses, la cuisine et bien se nourrir. L'engrais c'est le goutte à goutte. Il n'y a qu'un malade à que l'on met sous perfusion. Si la plante est en train de crever, on diagnostique la carence et on corrige.
- ne pas concentrer une espèce, au contraire, favorisez la biodiversité,
- contentez vous de ce que la nature vous donne,
- pensez au bilan carbone, recyclez au maximum.
Pour bien vivre le chauffage
Si c'est compatible avec votre habitat, vos convictions et votre mode de vie, le bois est de loin dans notre région le meilleur compromis entre les besoins en énergie du foyer, le coût et l'environnement durable.
Pour bien vivre la piscine
Dans le même esprit, si vous avez la place et un puits, pensez au bassin d'eau.
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Lire et Internet
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Sites: www.lesbeauxjardins.com pour en savoir plus sur l'agriculture naturelle.
www.itv-midipyrenes.com puis publications et ressources/colloques/viticulture
durable et environnement/bilan carbonne.
A Lire: Steiner rudolf. Il est le fondateur d'un courant de pensée appelé l'anthroposophie, aussi la théosophie et a écrit de nombreux ouvrages. La biodynamie n'est que la partie agrologique de sa conception. Si vous vous intéressez à la dimension spirituelle des choses, ses ouvrages sont très intéressants avec certaines œuvres de Goethe. Elles sont assez difficiles d'accès.
Un tuyau: allez sur abebooks.fr et tapez le nom de l'auteur.
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